Le Train de Bois Langeac-Tarascon

Locomotive à vapeur sur la ligne des Cévennes — trafic de bois Langeac-Tarascon

Parmi les trafics de marchandises qui ont longtemps animé la ligne des Cévennes, l’un des plus caractéristiques reste celui du bois. Des convois chargés de grumes et de bois de sciage descendaient régulièrement des forêts du Massif Central vers les marchés du littoral méditerranéen, empruntant la grande transversale ferroviaire qui relie l’Auvergne au Languedoc via les gorges cévenoles.

Le tronçon Langeac–Tarascon concentre l’essentiel de ce que les cheminots appelaient familièrement le « train de bois » : un service de fret régulier né de la rencontre entre les immenses forêts de Haute-Loire et de Lozère d’un côté, et les besoins en matière première de l’industrie papetière du Midi de l’autre.

Repères géographiques
Langeac est une commune de Haute-Loire (43) située dans la vallée de l’Allier, sur la ligne ferroviaire Saint-Germain-des-Fossés – Nîmes-Courbessac. Tarascon-sur-Rhône (13) marque le débouché de la ligne sur la vallée du Rhône, axe commercial majeur vers la Méditerranée.

Les forêts du Massif Central au cœur du trafic

La Haute-Loire et la Lozère disposent de vastes massifs forestiers — hêtres, sapins, pins sylvestres — exploités de longue date pour la construction et l’industrie. Avant la généralisation du transport routier, le chemin de fer constituait le seul moyen économiquement viable d’acheminer ces volumes vers les plaines du Sud.

Les grumiers et wagons plateaux chargés à Langeac et dans les gares alentour (Chilhac, Paulhaguet, Brioude) formaient des convois qui descendaient ensuite l’intégralité de la ligne cévenole : Langogne, La Bastide-Saint-Laurent, Génolhac, Alès, avant de bifurquer vers Tarascon via Nîmes ou le raccordement rhodanien.

Un trafic exigeant pour les locomotives

La descente depuis le plateau cévenol n’avait rien d’une promenade. Les fortes rampes de la ligne — atteignant plus de 25 ‰ sur certaines sections entre La Bastide et Génolhac — imposaient aux machines une vigilance constante sur les freins. La charge d’un convoi de bois, lourde et peu compressible, amplifiait les contraintes en descente.

La locomotive diesel BB 67000 fut l’une des machines associées à ce type de trafic de fret sur la ligne des Cévennes, assurant la traction de ces lourds convois de grumiers sur les fortes déclivités cévenoles.

Tarascon, débouché naturel vers la Méditerranée

À l’arrivée, Tarascon-sur-Rhône abrite la destination principale de ce trafic : l’usine Fibre Excellence, spécialisée dans la production de pâtes à papier. Ce sont les grumes et les plaquettes de bois du Massif Central qui alimentent ce site industriel, faisant de ce trafic un exemple rare de fret ferroviaire régional directement lié à un débouché industriel identifié et pérenne.

Ce trafic illustre parfaitement la vocation première de la ligne des Cévennes : avant d’être une ligne de voyageurs pittoresque, c’était avant tout un axe de fret stratégique reliant deux France économiques — le Massif Central forestier et pastoral, et le Midi commercial et maritime.

Un trafic toujours vivant
Contrairement à beaucoup de trafics fret régionaux disparus, le train de bois Langeac-Tarascon existe toujours. La gare de Langeac reste à ce jour la seule gare de la ligne à disposer d’un trafic fret régulier. La SNCF a opéré ce service jusqu’en 2008, avant qu’Euro Cargo Rail (ECR) ne prenne le relais. Fin 2017, la traction passe à VFLI (filiale fret de la SNCF), avec deux rotations par semaine assurées par des BB 75000. Depuis 2021, c’est Captrain, autre filiale fret, qui opère le service dans le cadre d’un contrat avec la papeterie Fibre Excellence de Tarascon.

Un trafic méconnu mais bien vivant

Le train de bois Langeac-Tarascon ne bénéficie pas de la notoriété romantique du Cévenol voyageur, mais il incarne une réalité économique fondamentale : celle d’un chemin de fer encore utile aux territoires, artère discrète d’une économie forestière qui continue de faire tourner les wagons. Bois et plaquettes — ces copeaux de bois destinés notamment à la filière biomasse — constituent l’essentiel des chargements qui quittent régulièrement la gare de Langeac en direction de Tarascon.

Pour aller plus loin, la page Wikipedia de la Ligne de Saint-Germain-des-Fossés à Nîmes-Courbessac détaille le contexte général de cet axe ferroviaire.

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